Félicitations à Samy Benabed, chef de l'Auberge Saint-Mathieu et lauréat du Prix MICHELIN du Jeune Chef Québec 2026.
Né en 1992 à Trois-Rivières de parents marocains, Benabed a d'abord suivi une formation en analyses biomédicales et en philosophie avant de perfectionner ses compétences culinaires dans des restaurants renommés comme Le Mousso à Montréal et Relae à Copenhague. Aujourd'hui, à l'Auberge à Saint-Mathieu-du-Parc, il propose une cuisine très personnelle qui allie le terroir québécois à des influences marocaines et à des techniques nordiques, le tout dans un cadre décontracté aux allures de refuge en pleine nature.
S'inspirant de la gastronomie boréale, les menus dégustation de saison mettent en avant des ingrédients hyperlocaux, souvent cueillis ou cultivés sur place, et conservés par saumurage, salaison ou fermentation. Attendez-vous à retrouver des ingrédients tels que des champignons sauvages, des bourgeons d'épicéa et des petits fruits, tant dans les plats salés que dans les desserts.
Récemment, nous avons discuté avec lui de son parcours qui l'a mené à devenir le chef qu'il est aujourd'hui.
Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir chef?
J'ai toujours été quelqu'un de très curieux qui adore apprendre. Pendant longtemps, j'ai eu du mal à choisir un métier, car tout m'intéressait. J'ai toutefois rapidement découvert que la cuisine était un domaine profondément pluridisciplinaire, tant sur le plan des sciences naturelles que des sciences humaines. Elle nourrit ma curiosité et ma soif d'apprendre, tout en me permettant de m'exprimer artistiquement. Aujourd'hui, en tant qu'entrepreneur, j'élargis encore davantage cet éventail de disciplines, ce qui m'oblige parfois à endosser plusieurs casquettes et à sortir du simple cadre de la cuisine.Qu'avez-vous appris de vos expériences professionnelles passées au restaurant Le Mousso à Montréal et à l'ancien Relae à Copenhague?
Ce qui m'a particulièrement marqué chez Relae, c'est la compréhension de tout l'écosystème qui l’entoure. Le réseau que Christian Puglisi avait mis en place me fascinait : c’était une véritable économie circulaire qui fonctionnait comme un écosystème vivant.Au sein de ce réseau, on trouvait la ferme, Farm of Ideas, Relae, le restaurant gastronomique, ainsi que Manfreds, le bistrot qui utilisait les parures de Relae afin de réduire le gaspillage. Il y avait aussi la laiterie, qui transformait le lait de la ferme, ainsi que Mirabelle, la boulangerie qui fabriquait du pain à partir de farine issue des céréales cultivées sur place. Tout cela a donné naissance à un système cohérent, durable et profondément inspirant. C'est un modèle qui m'inspire beaucoup pour la vision à long terme que j'ai pour le village de Saint-Mathieu.
Le Mousso m'a ouvert les yeux sur l'expression artistique à bien des égards. Cette expérience m'a permis de mieux comprendre la force des émotions qu'un plat peut susciter, avant même de l'avoir goûté. Ce séjour m'a également permis de mieux cerner mon identité et ma manière personnelle de m'exprimer à travers la cuisine.
Comment décririez-vous l'Auberge Saint-Mathieu, et en quoi met-il en valeur le terroir québécois?
L'Auberge est un endroit où le temps semble s'être arrêté, un refuge qui nous permet tout simplement de nous déconnecter du rythme effréné de la vie quotidienne. Nous y retrouvons un sentiment de calme, de plénitude et de simplicité qui nous ramène à l'essentiel. C'est un lieu où nous prenons le temps de partager, de déguster et de savourer pleinement chaque instant.Pour moi, l'Auberge est profondément ancré dans le moment présent, tant sur le plan philosophique que dans la réalité quotidienne. C'est pourquoi les ingrédients y occupent une place si importante. Chaque saison s'exprime différemment; ainsi, chaque ingrédient révèle une nouvelle facette de lui-même. Ce produit n'est pas préparé de la même manière en été qu'en hiver. C'est là que l'Auberge prend tout son sens : elle nous permet de mettre en valeur cette saisonnalité en mettant en avant la polyvalence d'un ingrédient, qu'il soit dégusté au printemps, en été, en automne ou en hiver.
Quel est votre plat préféré sur le menu?
L'un de mes préférés était la « Roue de tracteur », notre version de la classique roussette au miel de Tim Hortons. À l'Auberge, nous avons créé notre propre version : un glaçage au miel à base de citron Main de Bouddha obtenu localement par notre amie Vicky, qui cultive des agrumes, le tout rehaussé d'une touche de pollen et de souci. J'en mangerais des centaines!
Qu'est-ce qui vous motive en cuisine?
Ce qui me motive énormément, c'est de voir les personnes qui font partie de l'Auberge, directement ou indirectement, s'épanouir et évoluer. Comme Jana, la chef du Comptoir, notre deuxième restaurant, qui a été élue « Révélation de l'année » aux Lauriers de la Gastronomie québécoise et qui participe actuellement à l'émission Les Chefs!. Il y a aussi Étienne, notre maître d’hôtel, qui a été mis en nimation pour le prix Lauriers 2026 dans la catégorie « Meilleur service au Québec ».Sans oublier Maryanne et Jérémie, deux jeunes cuisiniers de notre équipe, qui ont posé leur candidature pour la bourse Relais & Châteaux. Et bien sûr, nos producteurs, qui sont très fiers de voir leurs produits mis en valeur grâce à notre cuisine, ainsi que la communauté et les habitants du village, qui sont aussi très fiers de nous. Ils nous soutiennent et nous encouragent chaque jour. Cette fierté collective est très forte, et elle constitue pour nous une source de motivation formidable. Cela me remplit de joie et me motive profondément de voir les gens s'épanouir et grandir grâce à l'Auberge.
Comment motivez-vous votre équipe?
En les écoutant et en continuant de leur fournir les outils nécessaires à leur épanouissement et à leur développement. L'une des mesures que nous avons mises en place, et qui, selon moi, a eu un réel impact sur la motivation de l'équipe, est l'horaire de travail. Depuis cette année, la semaine de travail des employés est désormais limitée à quatre jours. Nous constatons déjà une nette amélioration du dynamisme, de l'implication et de la motivation au sein de l'équipe.
Qui inviteriez-vous à venir manger à l'Auberge Saint-Mathieu parmi ceux qui n'y ont pas encore mangé?
Je pense souvent à mes grands-parents au Maroc, qui n’ont pas encore eu l’occasion de venir au Canada et qui, par conséquent, n’ont jamais visité l’Auberge. Ce serait un véritable rêve pour moi de pouvoir les accueillir ici et de partager ce monde avec eux.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite devenir chef?
Ça peut sembler un peu cliché, mais je dirais : crois, crois en toi, crois en tes rêves.Et surtout, vis au jour le jour. Le chemin peut parfois sembler long, banal ou difficile, mais il est essentiel de garder espoir et de ne jamais oublier les véritables raisons qui nous poussent à agir ainsi.
Image principale : Lauréat du Prix du Jeune Chef, Samy Benabed. © Ariane Samson
Articles connexes :
- Tous les restaurants étoilés MICHELIN au Québec pour 2026 et les grandes tendances de l'année
- Les restaurants les plus abordables de Québec en 2026